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11 min de lecture·

Travail réduit (RHT) en PME : indemnités SECO, salaires, comptabilisation et impact sur la liquidité

Comment activer l'indemnité en cas de réduction de l'horaire de travail, gérer les fiches de salaire et les cotisations sociales, enregistrer correctement les remboursements et protéger la trésorerie de l'entreprise.

Pourquoi le travail réduit est un outil essentiel pour les PME

Lorsque les commandes baissent temporairement mais que la structure de l'entreprise reste nécessaire, le licenciement n'est pas toujours la réponse la plus efficace. En Suisse, la réduction de l'horaire de travail (RHT, ou Kurzarbeit) permet aux PME de diminuer les heures effectives tout en maintenant le contrat de travail, grâce à une indemnité versée par la caisse de chômage (IC RHT) dans le cadre de l'assurance-chômage.

Pour les entrepreneurs, responsables administratifs et fiduciaires, le RHT n'est pas seulement une mesure du marché du travail : c'est une opération financière complexe. L'employeur avance les salaires et les cotisations sociales, présente des décomptes périodiques à la caisse de chômage et récupère les remboursements avec un certain délai. Une gestion imprécise peut comprimer la liquidité précisément au moment où l'entreprise est la plus fragile.

Ce guide explique les conditions légales, la procédure via Job-Room et le service cantonal, le traitement salarial, la comptabilisation selon les normes suisses et les leviers pratiques pour planifier le cash flow — avec des références actualisées pour 2026.

Conditions légales et critères d'octroi

L'IC RHT n'est pas automatique : le service cantonal et la caisse de chômage vérifient au cas par cas que la perte de travail est temporaire, inévitable avec des mesures raisonnables et non imputable au risque d'entreprise normal (art. 31 et 33 LACI).

Critère Condition Implication pratique
Perte minimale d'heures Au moins 10 % des heures prévues dans la période de décompte Calcul sur l'ensemble de l'effectif, sauf secteurs d'activité reconnus
Nature de la perte Temporaire et extraordinaire Documenter la relation cause-effet (ex. baisse des commandes, rupture de la chaîne d'approvisionnement)
Préavis Au moins 10 jours avant le début (3 en cas exceptionnels) Via l'eService « Annonce préalable de travail réduit » sur Job-Room au service cantonal ; autorisation en principe jusqu'à 3 mois
Taux d'indemnité 80 % de la perte de gain imputable (art. 34 LACI) Base : salaire contractuel de la dernière période salariale avant le RHT
Période d'attente 1 jour par période de décompte (en principe mensuelle) Franchise déduite du montant remboursable ; coût entièrement à la charge de l'employeur
Durée maximale (2026) 24 mois pour un cadre de deux ans (prolongation jusqu'au 31.01.2027) Extension temporaire par rapport aux 12 mois ordinaires ; maximum 4 périodes avec une perte supérieure à 85 %
Cotisations sociales Calculées sur 100 % du salaire normal Remboursement de la part patronale AVS/AI/IPG/AD sur les heures perdues ; LPP et autres charges en grande partie à la charge de l'entreprise
Opposition des travailleurs Droit de s'opposer au RHT Dans ce cas, l'employeur paie le salaire intégral sans indemnité

Procédure SECO et flux administratif

Le RHT suit une séquence rigide : celui qui inverse les étapes risque de perdre le droit au remboursement pour des périodes entières. Le service cantonal autorise le préavis ; la caisse de chômage contrôle la demande et le décompte.

1. Préavis sur Job-Room

Avant de réduire l'horaire, l'employeur doit s'inscrire sur Job-Room et transmettre le préavis numérique au service cantonal compétent au moins 10 jours avant le début (3 jours en cas exceptionnels documentés). L'inscription peut prendre 2 à 5 jours ouvrables : prévoir à l'avance. Le préavis doit décrire les causes de la perte de travail, les mesures déjà prises (réduction des heures supplémentaires, congés, utilisation des vacances) et l'impact attendu sur les heures.

2. Mise en place du travail réduit

Une fois le délai de préavis écoulé et l'autorisation du service cantonal obtenue (en principe jusqu'à 3 mois), l'entreprise réduit l'horaire conformément à ce qui a été annoncé. Il est essentiel de tenir un registre précis des heures effectives, des absences et de la répartition par collaborateur : ces données alimentent le décompte mensuel.

3. Demande et décompte périodique

Pour chaque période de décompte (en principe mensuelle), l'employeur présente la demande et le décompte dans les trois mois via l'eService « Demande/décompte travail réduit » ou le formulaire Excel 1042i à la caisse de chômage choisie. Les délais sont impératifs : un décompte tardif peut être rejeté intégralement.

4. Vérification et remboursement

La caisse contrôle la documentation, vérifie le respect du seuil de 10 % et crédite l'indemnité sur le compte de l'entreprise. Le remboursement couvre 80 % de la perte de gain et la part patronale AVS/AI/IPG/AD sur les heures perdues, mais pas tous les coûts accessoires (ex. la part patronale LPP sur les heures perdues reste en grande partie à la charge de l'entreprise).

Salaires, fiches de salaire et cotisations sociales

La gestion salariale pendant le RHT obéit à des règles qui surprennent souvent les PME : le collaborateur perçoit moins sur sa fiche de salaire, mais la base de cotisation reste celle du salaire complet.

Calcul du salaire net sur la fiche de salaire

Le collaborateur reçoit le salaire pour les heures effectivement travaillées plus 80 % de la perte de gain sur les heures perdues. Les allocations contractuelles périodiques entrent dans la base de calcul, sauf exceptions prévues par la loi.

Exemple : un ouvrier avec un salaire mensuel de CHF 5'000 et un RHT à 50 % perçoit environ CHF 2'500 (heures travaillées) + CHF 2'000 (80 % de la perte de CHF 2'500) = CHF 4'500 bruts, hors période d'attente.

Cotisations sociales à 100 %

AVS/AI/IPG/AD, assurance-accidents, allocations familiales et LPP doivent être calculées comme si le collaborateur avait travaillé à plein temps. L'employeur peut retenir sur le collaborateur la part intégrale des cotisations à sa charge, sauf convention contraire.

La caisse de chômage rembourse à l'employeur la part patronale AVS/AI/IPG/AD sur les heures perdues, mais pas l'ensemble du coût prévoyance. Cette asymétrie impacte directement les coûts du personnel.

Coût résiduel à la charge de l'entreprise

Même avec une IC RHT approuvée, l'entreprise supporte 20 % de la perte de gain, la période d'attente, la part LPP non remboursée et les charges fixes du personnel (frais administratifs, éventuels avantages contractuels). Pour une PME avec 10 collaborateurs en RHT à 40 %, le coût net mensuel peut facilement dépasser CHF 8'000–12'000 non couverts par l'indemnité.

Comptabilisation en comptabilité ordinaire

Le RHT génère une distorsion temporaire entre les coûts enregistrés et les remboursements encaissés. Une comptabilisation ordonnée évite la surévaluation du résultat ou la sous-estimation des passifs.

Coûts du personnel : au moment de la paie, les salaires bruts effectivement versés et les cotisations sociales sont imputés au compte 5xx (Salaires et charges sociales) pour le montant dû. Il ne convient pas de « contrepasser » anticipativement l'indemnité attendue : le remboursement n'est pas certain tant que la caisse n'a pas approuvé le décompte.

Créance envers la caisse de chômage : à la présentation du décompte approuvé, on enregistre une créance (compte 11xx — Créances envers des tiers) contre un compte de correction des coûts du personnel ou un compte de produits d'exploitation (compte 39xx) pour le montant de l'IC RHT attendue. En pratique, de nombreuses PME utilisent un compte transitoire « Indemnité RHT à recevoir » pour séparer les coûts effectifs et les recouvrements.

Encaissement du remboursement : à l'accrédit bancaire, on contrepasse la créance et on enregistre l'entrée de trésorerie. Les éventuelles différences entre le montant comptabilisé et le montant effectivement remboursé (rejets partiels, corrections) doivent être rectifiées sur le compte personnel.

Opération Compte Débit Compte Crédit
Paiement des salaires et cotisations 5700 Salaires / 5720 Charges sociales 1020 Banque
Comptabilisation IC RHT approuvée 1170 Créance RHT 5700 / 3900 Correction coûts
Encaissement remboursement caisse AC 1020 Banque 1170 Créance RHT
Coût net non remboursé (20 % + attente) 5700 Salaires — (reste en charge)

Avec Accountex, il est recommandé de créer un centre de coûts dédié au RHT pour suivre en temps réel l'écart entre les coûts salariaux engagés et les remboursements attendus, facilitant la clôture mensuelle et la communication avec le fiduciaire.

Impact sur la liquidité et planification du cash flow

Le RHT allège les coûts salariaux par rapport à un licenciement à zéro, mais crée un « écart de liquidité » entre les sorties et les remboursements. Une PME avec un RHT à 30 % sur une masse salariale mensuelle de CHF 80'000 peut devoir avancer CHF 15'000–25'000 par mois au-delà du cycle de paie habituel.

Avance salariale

Les salaires doivent être payés à la date habituelle, indépendamment du remboursement. Prévoir au moins 4 à 6 semaines d'avance financière pour couvrir le cycle demande-remboursement.

Cotisations sociales

L'AVS et la LPP doivent être versées sur la base intégrale. Le remboursement AVS arrive avec le paiement de l'IC RHT, mais la LPP reste en grande partie un coût de trésorerie immédiat.

Réserve de trésorerie

Calculer le besoin net mensuel (coûts salariaux − IC RHT attendue − remboursement AVS) et vérifier que la ligne de crédit ou la réserve couvre au moins 3 mois de RHT.

Simulation rapide du besoin

Formule simplifiée pour la planification interne :

Besoin net ≈ (Masse salariale × % RHT × 20 %) + (Cotisations LPP non remboursées) + (Coût des périodes d'attente) − (Créances clients recouvrables dans la période)

Intégrer cette simulation dans le budget de trésorerie glissant sur 13 semaines. Si le besoin dépasse la réserve disponible, envisager d'abord une réduction d'horaire plus modérée ou une combinaison avec des vacances et congés payés.

Erreurs fréquentes et bonnes pratiques

Erreurs à éviter

  • Lancer le RHT avant le préavis ou sans respecter les délais
  • Présenter des décomptes après l'échéance ou avec des heures non documentées
  • Calculer les cotisations sociales uniquement sur les heures effectives
  • Comptabiliser les remboursements avant l'approbation formelle
  • Sous-estimer le coût résiduel de 20 % et de la LPP

Bonnes pratiques

  • Désigner un référent interne pour Job-Room et les décomptes
  • Automatiser le relevé des heures avec export vers le formulaire 1042i
  • Convenir avec le fiduciaire des comptes et des corrections mensuelles
  • Informer les collaborateurs par écrit sur les horaires, la rémunération et le droit d'opposition
  • Réévaluer chaque trimestre si le RHT reste la solution optimale

Checklist opérationnelle pour les PME

Avant d'activer le travail réduit, vérifiez d'avoir complété toutes les étapes :

1

Analyse de faisabilité : baisse des commandes documentée, mesures alternatives épuisées, seuil de 10 % atteignable.

2

Inscription Job-Room : compte employeur actif, préavis envoyé au service cantonal au moins 10 jours à l'avance avec documentation des causes.

3

Configuration payroll : paramètres RHT configurés, cotisations à 100 %, simulation des fiches de salaire communiquée aux collaborateurs.

4

Plan de trésorerie : réserve ou crédit suffisant pour 3 mois d'avance nette calculée.

5

Comptabilité et reporting : comptes transitoires activés, centre de coûts RHT, calendrier des échéances de décomptes mensuels.

Le travail réduit est un outil puissant pour traverser des phases conjoncturelles difficiles sans perdre les compétences. Avec des processus administratifs rigoureux, une comptabilisation transparente et un suivi actif de la liquidité, les PME peuvent en tirer le maximum de bénéfices tout en limitant les risques financiers et de conformité.

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