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9 min de lecture·

Vente et cession d'immobilisations dans les PME : plus-values, moins-values et impact sur le bilan et la fiscalité

Comment enregistrer correctement la cession de biens d'usage, calculer le résultat économique et gérer les conséquences fiscales selon les normes comptables suisses.

Pourquoi la cession d'immobilisations exige une attention particulière

Les immobilisations — machines, véhicules d'entreprise, équipements informatiques, mobilier et aménagements — représentent souvent une part significative du patrimoine d'une PME suisse. Lorsqu'un bien n'est plus utile et qu'il est vendu, repris en échange ou cédé, l'opération produit des effets immédiats sur le bilan, le compte de résultats et la déclaration fiscale.

Contrairement à une simple charge courante, la cession implique une comparaison entre la contrepartie obtenue (ou la valeur de marché en cas d'apport ou de mise au rebut) et la valeur comptable résiduelle du bien. L'écart génère une plus-value ou une moins-value, avec des répercussions sur le bénéfice de l'exercice et sur l'impôt sur le bénéfice.

Ce guide présente les modalités de cession les plus fréquentes, les écritures comptables selon les normes suisses (Code des obligations et GAAP/FER) et les aspects fiscaux pertinents pour les entrepreneurs, les professions libérales et les fiduciaires qui accompagnent les PME en 2026.

Types de cession

Avant d'enregistrer l'opération, il est essentiel d'en identifier la nature juridique et économique :

Vente à des tiers

Le bien est cédé moyennant une contrepartie en espèces ou par compensation avec des créances. C'est le scénario le plus courant : vente d'un véhicule d'occasion, de machines obsolètes ou d'équipements informatiques remplacés. Si l'entreprise est assujettie à la TVA, la cession relève généralement du champ d'imposition, sauf exceptions prévues par la loi.

Cession sans contrepartie

Le bien est mis au rebut, donné ou abandonné sans qu'un prix soit perçu. Aux fins comptables et fiscales, la contrepartie imputée correspond en principe à la valeur de marché du bien au moment de la cession (ou à zéro en cas de mise au rebut sans valeur récupérable), même en l'absence d'encaissement effectif. Une moins-value est déductible si la cession est effective et documentée.

Reprise ou acompte sur un nouveau bien

Le bien usagé est remis au fournisseur dans le cadre du paiement d'un nouvel achat. La valeur convenue dans la reprise constitue la contrepartie aux fins du calcul de la plus-value ou de la moins-value. Comptablement, on enregistre la cession de l'ancien bien et l'acquisition du nouveau, même si l'opération est unifiée dans un seul contrat.

Cession interne ou transfert

Le bien passe à une autre société du groupe ou est transféré à l'associé sous forme de dividende en nature. Ces cas requièrent des évaluations spécifiques : le transfert intragroupe suit le principe de la juste valeur (fair value), tandis que la distribution en nature peut entraîner des conséquences fiscales supplémentaires pour la société et pour le bénéficiaire.

Valeur comptable et amortissements

La valeur comptable d'une immobilisation correspond au coût d'acquisition, net des amortissements cumulés et d'éventuelles dépréciations. Les amortissements doivent être calculés systématiquement sur toute la durée d'utilisation prévue du bien, selon un plan cohérent avec les normes comptables suisses et la pratique du secteur.

Au moment de la cession, on enregistre l'amortissement couru depuis le début de l'exercice jusqu'à la date de sortie du bien (quote-part pro rata temporis). La valeur nette comptable obtenue sert de base de comparaison avec la contrepartie de vente ou la valeur de marché imputée.

Formule de référence

Résultat de la cession = Contrepartie nette − Valeur comptable nette

Un résultat positif constitue une plus-value ; un résultat négatif constitue une moins-value.

Écritures comptables : schéma opérationnel

Les écritures suivent une logique en trois étapes, indépendamment du plan comptable utilisé :

Étape Opération Effet
1. Amortissement final Enregistrer l'amortissement couru jusqu'à la date de cession Débit amortissement / Crédit immobilisation
2. Sortie du bien Retirer le coût historique et les amortissements cumulés Crédit immobilisation / Débit amortissements cumulés
3. Contrepartie et résultat Enregistrer l'encaissement et la plus-value ou la moins-value Débit banque ou créances / Crédit produits de cession ± résultat

En cas de plus-value, le produit excédant la valeur comptable nette est inscrit au compte de résultats comme produit de cession d'immobilisations (ou poste analogue du plan comptable). En cas de moins-value, la perte est enregistrée comme charge de cession d'immobilisations. Les deux postes contribuent à la formation du résultat de l'exercice.

Si la vente est assujettie à la TVA, la contrepartie facturée inclut l'impôt dû ; aux fins du calcul de la plus-value, on utilise le montant net de TVA. Pour les biens dont l'acquisition a ouvert droit à la déduction de l'impôt antérieure, la cession génère la TVA sur le montant convenu.

Exemple chiffré : vente d'un véhicule d'entreprise

Une Sàrl tessinoise achète un fourgon en 2022 pour CHF 40'000. Les amortissements cumulés au moment de la vente (janvier 2026) s'élèvent à CHF 28'000. Le véhicule est vendu pour CHF 15'000 (montant net de TVA).

Poste CHF
Coût historique 40'000
Amortissements cumulés − 28'000
Valeur comptable nette 12'000
Prix de vente (net de TVA) 15'000
Plus-value 3'000

La plus-value de CHF 3'000 augmente le bénéfice de l'exercice et l'impôt sur le bénéfice dû. Parallèlement, l'immobilisation sort du bilan et le compte banque enregistre l'encaissement de CHF 15'000 plus la TVA applicable sur la cession.

Impact fiscal : impôt sur le bénéfice et déclaration

En Suisse, les plus-values et moins-values issues de la cession d'immobilisations amortissables concourent en principe au revenu imposable de la société ou de l'entreprise individuelle. Le régime d'imposition privilégié des plus-values sur participations qualifiées prévu par la LIFD ne s'applique pas : les biens d'usage suivent les règles ordinaires de déductibilité des charges et d'imputation des produits.

Plus-value

  • Augmente le bénéfice comptable et l'assiette fiscale
  • Ne bénéficie, en principe, d'aucun taux réduit
  • Doit être indiquée dans la déclaration d'impôt de l'exercice au cours duquel la cession intervient
  • Les éventuelles différences entre amortissement comptable et fiscal doivent être rapprochées

Moins-value

  • Réduit le bénéfice comptable et l'assiette fiscale
  • Est déductible si la cession est effective et documentée
  • En l'absence de contrepartie, une documentation justifiant la valeur imputée est requise
  • Ne génère pas de crédit d'impôt, mais diminue le bénéfice imposable

Les sociétés de capitaux (Sàrl, SA) reportent le résultat au compte de résultats et l'incluent dans le calcul de l'impôt fédéral et cantonal sur le bénéfice. Pour les entreprises individuelles et les sociétés en nom collectif, la plus-value ou la moins-value concourt au revenu personnel du titulaire, imposé selon le barème progressif cantonal.

Attention aux différences entre amortissement comptable et amortissement fiscal : si l'administration fiscale admet des amortissements plus rapides (par exemple pour les biens informatiques), une rectification fiscale peut survenir au moment de la cession. Il est recommandé de rapprocher la valeur nette fiscale de la valeur comptable avant de finaliser l'enregistrement.

TVA sur la cession de biens d'usage

Les entreprises assujetties à la TVA qui vendent une immobilisation doivent généralement facturer l'impôt sur la contrepartie convenue, que le bien soit usagé ou non. Le taux applicable est le taux ordinaire (8,1 % depuis 2024), sauf cas particuliers.

Si, au moment de l'acquisition, l'entreprise n'a pas récupéré la TVA — parce qu'elle n'était pas encore assujettie ou parce que le bien relevait d'un secteur exonéré — l'obligation de facturer l'impôt à la sortie ne naît pas, sauf option d'assujettissement à l'impôt au sens de l'art. 21 LTVA. Pour les véhicules et les biens soumis à des règles spécifiques, il convient de vérifier la classification avant d'émettre la facture.

Note opérationnelle

La facture de vente doit indiquer clairement le bien cédé, le prix et le taux de TVA applicable, conformément à l'art. 26 LTVA. Conserver le contrat de vente et la preuve de paiement pendant au moins dix ans, comme prévu par les obligations de conservation du CO et de la LTVA.

Documentation et traçabilité

Une cession correctement documentée protège l'entreprise en cas de révision ou de contrôle fiscal. Voici les éléments essentiels à archiver :

  • 1.Décision ou autorisation interne — surtout pour les biens de valeur significative, documenter la décision de céder et le responsable de l'opération.
  • 2.Contrat ou facture de vente — avec identification du bien (numéro de série, plaque d'immatriculation, description), prix et conditions de livraison.
  • 3.Preuve d'encaissement ou virement — relevé bancaire confirmant l'entrée de liquidités.
  • 4.Fiche d'immobilisation mise à jour — avec coût historique, amortissements, date de cession et résultat économique.
  • 5.Éventuelle expertise ou estimation de marché — nécessaire en l'absence de contrepartie (don, mise au rebut) pour justifier la valeur imputée.

Erreurs fréquentes à éviter

Oublier l'amortissement final

Laisser une valeur résiduelle comptable au moment de la vente fausse le calcul de la plus-value et produit un bilan incohérent.

Confondre contrepartie brute et nette de TVA

Utiliser le montant TVA incluse comme base de comparaison gonfle artificiellement la plus-value.

Ne pas enregistrer la cession dans le même exercice que l'encaissement

Le principe de la comptabilisation d'exercice impose de comptabiliser produits et charges dans l'exercice au cours duquel l'opération se parfait, et non lorsque le bien est physiquement retiré si la date diffère.

Négliger le rapprochement fiscal

Les différences entre plan d'amortissement comptable et fiscal peuvent entraîner des ajustements imprévus dans la déclaration.

Gérer les cessions avec un logiciel comptable

Un logiciel comptable comme Accountex simplifie l'ensemble du cycle de vie des immobilisations : enregistrement à l'acquisition, plan d'amortissement automatique, alertes sur les biens entièrement amortis et assistant de cession qui calcule en temps réel la plus-value ou la moins-value.

L'enregistrement guidé évite les erreurs manuelles, génère les écritures comptables correctes et met à jour le registre des immobilisations. L'intégration avec la facturation permet d'émettre la facture de vente avec la TVA déjà calculée, en maintenant la cohérence entre documents commerciaux et écritures comptables.

Pour les fiduciaires qui gèrent plusieurs clients, la centralisation des fiches d'immobilisations et la reportistique par exercice facilitent la préparation du bilan annuel et la déclaration fiscale, en réduisant le risque d'oublis en fin d'année.

Synthèse opérationnelle

La vente ou la cession d'une immobilisation est une opération courante mais techniquement significative. Le résultat économique dépend de la valeur comptable nette au moment de la cession et de la contrepartie obtenue ou de la valeur de marché imputée. Les plus-values et moins-values influencent directement le bénéfice et l'impôt dû.

Une procédure structurée — amortissement final, sortie du registre des immobilisations, enregistrement du produit et du résultat, facture avec TVA si due, archivage documentaire — garantit la conformité comptable et fiscale. Automatiser le processus avec des outils dédiés réduit les erreurs et libère du temps pour l'analyse stratégique, par exemple évaluer s'il convient de vendre, de reprendre en échange ou de continuer à amortir un bien encore productif.

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