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8 min de lecture·Dernière mise à jour: 2026-04-07·Parents · Entrepreneurs familiaux · Conseillers fiscaux

Donations entre vifs en Suisse : aspects fiscaux

Fiscalité des donations, limites d'exonération, stratégies de transmission patrimoniale et différences avec la succession — tout ce qu'il faut savoir avant de donner.

Qu'est-ce qu'une donation entre vifs et pourquoi elle est fiscalement pertinente

La donation entre vifs est un acte juridique par lequel une personne transfère gratuitement une partie de son patrimoine à une autre personne de son vivant. En Suisse, ce type de transfert peut avoir des conséquences fiscales significatives, car de nombreux cantons prélèvent un impôt sur les donations analogue à celui sur les successions.

Contrairement à d'autres pays, la Suisse ne prélève pas d'impôt fédéral sur les donations : la compétence est exclusivement cantonale. Cela signifie que les taux, les exonérations et les méthodes de calcul varient considérablement d'un canton à l'autre — certains n'imposant pas du tout les donations entre parents et enfants, d'autres appliquant des taux pouvant atteindre 7 %.

Comprendre le cadre fiscal des donations est essentiel pour quiconque planifie une transmission patrimoniale, qu'elle soit familiale ou entrepreneuriale. Une planification soigneuse peut réduire significativement la charge fiscale globale.

Fiscalité cantonale des donations

L'impôt sur les donations est de compétence exclusivement cantonale. Les taux et les exonérations varient considérablement. Voici un aperçu des principaux cantons :

CantonLigne directe (enfants)Tiers non apparentésNotes
Zurich2–6 %6–36 %Exonération CHF 200'000 pour les enfants
BerneExonéré6–40 %Conjoint et descendants exonérés
LucerneExonéré4–30 %Conjoint et descendants directs exonérés
SchwyzExonéréExonéréAucun impôt sur les donations
TessinExonéré6–41 %Conjoint et descendants directs exonérés ; taux progressifs pour les autres
Vaud0–7 %7–25 %Taux progressifs en fonction du montant
GenèveExonéré6–26 %Conjoint, descendants et ascendants directs exonérés depuis 2024
Bâle-VilleExonéré5–49 %Descendants exonérés ; taux élevés pour les tiers

Les taux indiqués sont indicatifs et peuvent varier en fonction du montant donné et d'éventuelles mises à jour réglementaires. Vérifiez toujours auprès de l'administration cantonale compétente.

Exonérations et seuils

Les exonérations de l'impôt sur les donations varient par canton. Voici les principales catégories de bénéficiaires et les exonérations les plus courantes :

1

Conjoint / partenaire enregistré

Dans la plupart des cantons, les donations au conjoint ou au partenaire enregistré sont totalement exonérées d'impôt. Quelques cantons (par ex. Vaud) appliquent des taux réduits à titre d'exception.

2

Enfants et descendants directs

De nombreux cantons exonèrent totalement les donations aux enfants (Berne, Lucerne, Schwyz, Tessin, Genève, Bâle-Ville). Certains appliquent des taux réduits (Zurich : 2–6 %, avec une franchise de CHF 200'000).

3

Donations de faible valeur

Plusieurs cantons prévoient des franchises sous lesquelles aucun impôt n'est dû. Le montant varie : de CHF 5'000 (Vaud) à CHF 200'000 (Zurich pour les enfants). Les cadeaux occasionnels de faible valeur ne sont généralement pas imposés.

4

Donations d'utilité publique

Les donations à des fondations, associations et organismes reconnus d'utilité publique sont généralement exonérées dans tous les cantons, à condition que l'organisme soit exonéré d'impôt au sens de l'art. 56 let. g LIFD.

5

Entreprises familiales et participations

Certains cantons prévoient des allègements spécifiques pour le transfert d'entreprises ou de participations aux descendants, avec des réductions d'impôt pouvant atteindre 50–80 % pour favoriser la continuité entrepreneuriale.

Comment l'impôt sur les donations est calculé

Le calcul de l'impôt sur les donations suit généralement ces étapes :

1

Détermination de la valeur de la donation

La valeur de la donation correspond à la valeur vénale (de marché) du bien donné au moment du transfert. Pour les immeubles, on utilise généralement la valeur d'estimation cantonale ou la valeur vénale déterminée par un expert. Pour les titres cotés, la valeur boursière s'applique.

2

Application des franchises

On soustrait le montant exonéré prévu par le canton en fonction du degré de parenté entre donateur et donataire. Les franchises peuvent s'appliquer par donation individuelle ou être cumulées sur une période (typiquement 5–10 ans).

3

Détermination du taux

Le taux dépend du canton, du degré de parenté et du montant net de la donation. La plupart des cantons appliquent des taux progressifs : plus le montant est élevé, plus le taux est important. Le degré de parenté est le facteur le plus déterminant.

4

Cumul des donations

De nombreux cantons prévoient le cumul des donations reçues du même donateur : les donations des 5–10 dernières années (selon le canton) sont additionnées pour déterminer le taux applicable. Cela empêche l'évasion par fractionnement.

Exemple pratique

Un parent domicilié à Zurich donne CHF 500'000 à son enfant. Avec la franchise de CHF 200'000, la base imposable est de CHF 300'000. Avec un taux de 2 % sur la première tranche, l'impôt dû est d'environ CHF 6'000–9'000 (selon la progression). Si le même parent était domicilié à Berne, Lucerne ou au Tessin, la donation à l'enfant serait totalement exonérée.

Stratégies de transmission patrimoniale

Une planification soigneuse des donations peut réduire significativement la charge fiscale globale. Voici les stratégies les plus utilisées :

1

Fractionnement temporel

Répartir les donations sur plusieurs années permet d'exploiter les franchises annuelles ou de rester dans les tranches de taux les plus basses. Il est important de vérifier la période de cumul de votre canton (typiquement 5 ou 10 ans).

2

Choix du canton

En cas de déménagement, le choix du canton peut avoir un impact décisif : la donation est imposée dans le canton de domicile du donateur au moment de la donation. Un déménagement préalable dans un canton fiscalement favorable (par ex. Schwyz, Berne, Lucerne) peut annuler totalement l'impôt.

3

Donation d'entreprise avec clause de continuité

Le transfert d'une entreprise familiale aux enfants peut bénéficier de réductions spécifiques dans de nombreux cantons. La condition est souvent que l'activité soit poursuivie pendant une durée minimale (5–10 ans). La cession anticipée de l'entreprise à des conditions avantageuses est un outil clé de la planification successorale.

4

Donation mixte (donation modale)

Il est possible de structurer le transfert comme une donation mixte : en partie gratuite et en partie à titre onéreux. Par exemple, vendre un immeuble à un enfant à 70 % de la valeur du marché : l'impôt sur la donation ne s'applique qu'à la partie gratuite (30 %), réduisant significativement la charge fiscale.

5

Utilisation de structures sociétaires

Dans certains cas, l'apport préalable des biens dans une holding familiale et la cession ultérieure des parts peut s'avérer plus avantageux qu'une donation directe. Cette stratégie nécessite une planification professionnelle et doit être évaluée au cas par cas.

Donation vs succession : différences clés

Donations et successions ont souvent les mêmes taux d'imposition, mais présentent des différences importantes d'un point de vue stratégique et juridique :

AspectDonationSuccession
Moment du transfertDu vivant du donateurAu décès du de cujus
Contrôle sur la destinationLe donateur décide librement à qui et quand donnerLiée aux réserves héréditaires et aux dispositions testamentaires
Taux d'impositionGénéralement identiques à l'impôt sur les successions dans le même cantonIdentiques à l'impôt sur les donations dans le même canton
Possibilités de planificationÉlevées : on peut fractionner dans le temps, choisir le moment et structurer le transfertLimitées : le moment est imprévisible, les réserves sont contraignantes
Risque de réductionLes donations des 5 dernières années peuvent être réduites en faveur des réservatairesLes dispositions testamentaires sont immédiatement contestables

Conseils pratiques

  • Consultez toujours un expert fiscal avant d'effectuer des donations importantes : les différences cantonales sont énormes et les conséquences peuvent être significatives
  • Documentez chaque donation par écrit, même les donations manuelles non soumises à des exigences de forme : cela sera nécessaire pour la déclaration fiscale et d'éventuels litiges successoraux
  • Vérifiez la période de cumul des donations dans votre canton avant de planifier un fractionnement temporel — vous éviterez les surprises fiscales
  • Si vous possédez des biens immobiliers, faites estimer la valeur vénale par un expert avant la donation : la valeur fiscale cantonale peut différer significativement de la valeur du marché
  • Pour les donations d'entreprises familiales, vérifiez les allègements spécifiques de votre canton : beaucoup prévoient des réductions importantes à condition de la continuité de l'entreprise
  • Considérez que la donation au conjoint est exonérée dans presque tous les cantons : il peut être stratégique de faire transiter la donation par le conjoint dans certains cas
  • Utilisez AccountEX pour suivre toutes les donations effectuées et reçues au fil du temps : lors de la déclaration fiscale ou de la succession, vous disposerez d'un aperçu complet et documenté

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